HAIK — le faux-départ
Avant home-ai.fr, il y a eu HAIK — Home AI Kube. Mes premiers mois sur Kubernetes, mes premiers prompts, ma première vraie tentative d'écosystème. Je l'ai jetée à Noël 2025. Ce qui en est resté tourne aujourd'hui à côté.
Avant hub-www, il y a eu HAIK. Le nom est venu avant l'idée : Home AI Kube — un acronyme que j'aimais bien, formé à la minute où j'ai pris le domaine home-ai.fr. À l'automne 2025, je voulais juste apprendre Kubernetes. Tout le reste — la plateforme, l'écosystème, le robot — n'existait pas encore.
Quelques mois plus tard, à Noël 2025, j'ai éteint le projet. Je l'ai laissé là, gitignored, sans le supprimer mais sans l'ouvrir non plus. Ce qui s'appelle aujourd'hui home-ai n'est pas une suite de HAIK. C'est ce qui a poussé sur le terreau de son échec.
L'envie originelle
Le contexte n'avait rien d'une vision d'architecte. C'était de la débrouille de maker.
J'ai chez moi une CNC, une imprimante 3D pilotée par OctoPi, une graveuse laser qui tourne sur son propre PC, un contrôle de lumière qui répond à Alexa, et tout un assortiment de Raspberry Pi qui font des choses depuis des années sans vraiment se parler. Chaque machine a son interface, ses logs, son adresse IP, son mot de passe oublié quelque part. Quand quelque chose tombe, je passe la soirée à fouiller.
Ce que je voulais, ce n'était pas un produit. C'était un endroit unique pour voir l'état de tout ça. Une administration centralisée du foyer. Un dashboard qui me dirait : « l'imprimante est en train d'imprimer, la graveuse est libre, le pi du salon est down depuis trente minutes ».
Kubernetes me semblait la réponse. Pas par dogme — parce que c'était l'orchestrateur que je voyais partout, et parce que j'avais l'intuition qu'à l'échelle d'un foyer où chaque appareil est un mini-service, un cluster pouvait avoir du sens.
J'avais pris le domaine, j'avais le nom (HAIK, qui sonnait bien), j'avais l'envie. Restait à le faire.
Le mur Kubernetes
Je n'arrivais pas sur Docker Compose vierge. Docker, je le pratiquais depuis longtemps — un compose.yml qui démarre cinq containers, je l'écris de mémoire. Sur ce terrain-là, je suis chez moi.
Kubernetes, c'est autre chose. Ce n'est pas Compose en plus gros. C'est un changement de monde. Tu ne décris plus « voici les containers que je veux faire tourner », tu décris « voici l'état désiré de mon système, à toi de l'atteindre ». Les concepts s'empilent : Pod, Deployment, Service, Ingress, ConfigMap, Secret, PersistentVolume, StatefulSet, Namespace, RBAC. Chacun a sa raison d'exister, et chacun s'attrape par un côté différent.
J'ai eu l'impression honnête, pendant des semaines, que Compose c'était de la cuisine et Kubernetes de la chimie. La même eau, le même sel, mais des règles d'usage qu'on ne devine pas.
Et j'avais un autre problème — le temps. Mon travail diurne est prenant. Mes nuits de maker sont courtes. Apprendre Kubernetes proprement demande plusieurs heures par jour pendant des semaines, et je n'avais pas ces heures. Je grattais une heure ici, deux le week-end, et je perdais le contexte entre deux sessions.
L'IA qui ne marchait pas encore
En parallèle de HAIK, je découvrais autre chose qui allait tout changer plus tard : les premiers vrais usages des LLM pour coder. ChatGPT, Claude première version, Copilot. Tout le monde en parlait, j'essayais à mon tour.
Ils étaient mauvais. Pas inutilisables — mauvais. Ils proposaient du YAML Kubernetes qui ne déployait pas, qui mélangeait des API versions périmées, qui inventait des champs. Ils me faisaient perdre du temps autant qu'ils m'en faisaient gagner.
Mais quelque chose s'apprenait à travers ces aller-retours frustrants. Je formulais mes questions de mieux en mieux. Je donnais plus de contexte. Je découpais mes demandes. Je vérifiais avant d'appliquer. Sans m'en rendre compte, j'apprenais à prompter — ce qui allait devenir, six mois plus tard, ma compétence principale.
HAIK ne m'a pas appris Kubernetes. Il m'a appris à parler à des modèles qui ne savaient pas bien répondre.
Le break de Noël
Vers décembre 2025, je n'avançais plus. Le cluster tenait à peine, les charts Helm que j'écrivais ne se rejouaient pas d'une machine à l'autre, le monitoring que je voulais n'existait pas, et j'avais perdu de vue pourquoi j'avais commencé. C'était devenu un projet d'apprentissage déguisé en projet d'usage. Je n'apprenais ni vite, ni profondément.
Les vacances de Noël sont arrivées. Je n'avais pas envie d'ouvrir l'éditeur. Je n'ai pas touché HAIK pendant deux semaines, ce qui était inhabituel.
Pendant ces deux semaines, j'ai réfléchi à ce que je voulais vraiment faire. Et c'est là, sans l'avoir prémédité, que la conclusion s'est imposée : je n'étais pas prêt à construire une plateforme. J'étais en phase d'apprentissage. Ce que je voulais construire ensuite, c'était quelque chose de vrai — pas un terrain d'entraînement.
Et j'avais déjà l'idée. Un robot — pas n'importe lequel. J'avais fait un PiCar un an avant, qui trainait dans un coin du salon. Il roulait, il évitait des obstacles, mais sans vision, sans raisonnement, une autonomie très simple. Surtout, il ne servait à rien de précis — qu'il roule c'est bien, qu'il soit utile c'est mieux. Je voulais le reprendre, sérieusement cette fois, en lui donnant à la fois la technique qui lui manquait (vision par ordinateur, raisonnement embarqué, autonomie longue) et une vraie raison d'exister. Le projet pour lequel j'avais besoin de tout ce que HAIK aurait pu m'apporter, et plus encore.
Mais cette fois, je n'allais pas y arriver en montant Kubernetes en parallèle. J'allais y arriver en m'appuyant sur ce qui était devenu mon vrai outil — la pratique du prompt, affinée pendant six mois sur des modèles imparfaits.
Le 17 janvier 2026
Le 17 janvier 2026, exactement un an après PiCar v1, j'ouvrais le dépôt picar v2. Le ton change tout de suite. La session était claire : co-piloter avec un LLM, ne plus combattre l'outil. Et ça allait marcher — l'histoire est dans un autre article, D'un robot à un écosystème, parce qu'elle mérite son récit propre.
HAIK n'est pas mort à cette date. Il était déjà mort, depuis Noël. Le 17 janvier, c'est simplement le jour où la suite a commencé.
Ce qui en est resté
J'ai jeté HAIK. Pas effacé du disque — abandonné. Le code n'est plus consulté, les charts ne sont plus rejoués, les containers ne sont plus rebuildés. Si je rouvrais le repo aujourd'hui, je ne reconnaîtrais probablement pas ma propre prose technique d'il y a six mois.
Mais trois choses ont survécu, et elles tournent toutes aujourd'hui.
Le nom de domaine. home-ai.fr est resté. C'était l'acronyme — Home AI Kube — improvisé en même temps que l'achat du domaine. Le K de Kube a disparu en route ; on ne dit plus HAIK, on dit home-ai. Mais le domaine n'a jamais bougé. Ce qui a changé, c'est ce qui tourne derrière.
La pratique du prompt. C'est, de loin, l'acquis le plus précieux. Les six mois de HAIK ont été ma vraie école d'IA appliquée — pas par les résultats produits, mais par la discipline mentale acquise : décomposer un problème pour le faire passer en plusieurs prompts, vérifier ce qui sort, capitaliser dans des conventions. Quand j'ai rouvert le clavier en janvier 2026, je n'étais plus le même utilisateur.
La conviction que Kubernetes resterait nécessaire. HAIK n'a pas résolu Kubernetes — il m'a démontré que je le sous-estimais. Pas pour me faire fuir, au contraire : pour me faire comprendre que le jour où je m'y mettrais sérieusement, ce serait avec une intention claire, un usage défini, et idéalement un compagnon qui sait vraiment générer du YAML correct.
Ce jour est arrivé en mars 2026, quand j'ai ouvert hub-deploy et que tout l'écosystème actuel a commencé à se déposer dessus.
La leçon, pour qui voudrait l'entendre
Les faux-départs comme HAIK ne se voient pas dans les success stories. Personne ne raconte le projet qu'il a remisé à Noël 2025 quand il publie sa plateforme en mai 2026. La narration officielle dit « j'ai construit X ». La vraie chronologie dit souvent « j'ai essayé Y, puis Z, puis Y' qui n'a pas marché non plus, et ensuite j'ai construit X ».
Si tu lis ce blog en voyant une plateforme cohérente avec ses dizaines de services qui tournent, comprends bien qu'elle existe parce qu'une autre tentative est restée enterrée d'abord. Et que c'est probablement parce qu'elle est restée enterrée que celle-ci tient.
L'apprentissage n'est pas linéaire. Il est sédimentaire.
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